Pendant longtemps, j’ai cru que pour faire grandir mon entreprise, je devais toujours faire plus.
- Plus de salons.
- Plus de déplacements.
- Plus d’heures de travail.
- Plus de sacrifices.
Comme beaucoup d’entrepreneurs, j’avais associé la réussite à la capacité de tenir un rythme toujours plus intense. Et pendant des années, cela a fonctionné. J’ai développé ECK Collection, rencontré des milliers de clients à travers la France et l’Europe, lancé de nouvelles collections et porté haut les couleurs du bogolan, ce tissu traditionnel malien qui me tient tant à cœur. Mais au fil du temps, quelque chose s’est installé.
Une fatigue profonde. Pas seulement physique. Une fatigue mentale. Une fatigue émotionnelle. Une fatigue dont on parle finalement assez peu dans l’entrepreneuriat.
Quand la vie se complexifie
Lorsque j’ai créé ECK Collection, j’étais déjà maman de mon fils. Puis en 2021, ma fille Pemba est venue agrandir notre famille.
Comme beaucoup de parents entrepreneurs, j’ai alors dû jongler entre plusieurs vies : celle de cheffe d’entreprise, de créatrice, de mère et d’épouse. Je gérais les collections, les commandes, les salons, les rendez-vous clients, tout en essayant d’être présente pour ma famille. Je pensais que c’était normal. Que c’était simplement le prix à payer pour réussir.
Avec le recul, je réalise que ce n’était pas seulement le travail qui m’épuisait. C’était aussi la charge mentale.
Cette impression permanente de devoir être partout à la fois.
Le piège de la culpabilité
Lorsque je travaillais, j’avais parfois l’impression de ne pas être suffisamment présente pour mes enfants. Lorsque je passais du temps avec ma famille, j’avais l’impression de délaisser mon entreprise. J’avais le sentiment de ne jamais être totalement au bon endroit. Jamais totalement disponible. Jamais totalement satisfaite.
Sans m’en rendre compte, je me suis installée dans un rythme qui n’était plus soutenable.
Le jour où mon corps a dit stop
À un moment, j’ai senti un épuisement que je n’avais jamais connu auparavant. Je continuais à venir à l’atelier.
Je répondais aux messages. Je gérais les urgences. Mais au fond, je me sentais complètement vidée et stressée à la fois.
Je n’avais plus d’énergie. Plus d’élan. Plus d’envie.
Alors j’ai pris une décision qui m’a coûté plus que je ne l’imaginais : quitter l’atelier pendant quelques jours pour me reposer.
Je pensais que cela me ferait du bien et c’était le cas. Mais très vite, une autre émotion est apparue : la culpabilité.
Pendant que je regardais une série sur Netflix ou que je prenais simplement du temps pour moi, une petite voix me répétait :
- « Tu devrais être à l’atelier. »
- « Tu devrais travailler. »
- « Tu perds ton temps. »
Je savais pourtant que j’avais besoin de ce repos. Mais je n’arrivais pas à en profiter pleinement. Alors j’ai décidé de chercher de l’aide.
Mettre des mots sur ce que je ressentais
C’est à ce moment-là que j’ai pris rendez-vous avec une psychologue du travail. Je voulais comprendre ce qui se passait réellement derrière cet épuisement.
- Pourquoi étais-je aussi fatiguée ?
- Pourquoi avais-je autant de mal à décrocher ?
- Pourquoi ce sentiment de culpabilité était-il si présent ?
Cette séance a été un véritable déclic. En une heure, j’ai réussi à mettre des mots sur des ressentis que je portais depuis longtemps sans vraiment les comprendre. J’ai pris conscience de la charge mentale que je portais. De la pression que je m’imposais. Du rythme que j’essayais de tenir depuis des années et surtout, j’ai compris que ce repos n’était pas un caprice.
C’était un besoin. Cette prise de conscience m’a permis de prendre du recul, d’accepter de ralentir sans culpabiliser et de comprendre qu’écouter ses limites n’est pas un signe de faiblesse.
Réapprendre à prendre soin de moi
Pendant longtemps, je me suis placée en dernier. Il y avait toujours une commande plus urgente, un salon à préparer ou un projet à terminer. J’ai alors commencé à reprendre le sport et à faire davantage attention à mon alimentation.
Non pas pour atteindre un objectif esthétique. Mais parce que j’avais besoin de retrouver de l’énergie, de prendre soin de ma santé et de retrouver un équilibre. Aujourd’hui, j’écoute davantage mon corps.
Et j’ai compris quelque chose d’essentiel : Prendre soin de soi est nécessaire !
Construire autrement
Pendant longtemps, j’ai pensé que la croissance passait forcément par davantage de déplacements et davantage de salons.
Aujourd’hui, je vois les choses différemment. Depuis l’ouverture de mon atelier à La Plaine Saint-Denis, j’ai découvert une autre manière de développer ECK Collection. Une manière plus humaine. Plus proche de mes clients. Plus centrée sur l’échange, la transmission et l’expérience. Cette réflexion m’a amenée à imaginer de nouveaux projets qui verront le jour dans les prochains mois.
Parce qu’au fond, ECK Collection est devenu bien plus qu’une marque de mode.
- C’est un espace de rencontre.
- Un espace de transmission.
- Un espace de dialogue.
Les premiers signes que j’étais sur la bonne voie
En ralentissant, j’ai également réalisé quelque chose d’essentiel.
Je passais parfois tellement de temps à courir après la croissance que je ne voyais plus ce qui fonctionnait déjà.
Aujourd’hui, je prends davantage le temps d’écouter mes clients.
De les recevoir à l’atelier. D’échanger avec eux. De créer du lien et à ma grande surprise, ce ralentissement n’a pas freiné ECK Collection. Il a au contraire ouvert de nouvelles perspectives.
Des clients viennent désormais découvrir l’atelier. Certains poussent même la porte spontanément après nous avoir trouvés sur Google. Je développe de nouveaux projets autour de la transmission et de la rencontre et surtout, je retrouve le plaisir de construire.
Ralentir pour aller plus loin
Pendant longtemps, j’ai cru que ralentir signifiait prendre du retard. Aujourd’hui, je pense exactement l’inverse.
Ralentir m’a permis de retrouver de la clarté. De retrouver de l’énergie. De retrouver de l’inspiration et surtout de redéfinir ce que signifie réellement la réussite.
Je ne cherche plus à construire l’entreprise la plus rentable. Je cherche à construire l’entreprise la plus alignée avec mes valeurs, ma vie de famille et la personne que je suis devenue.
Après neuf années d’existence, ECK Collection entre dans un nouveau chapitre.
Un chapitre plus serein et plus humain. Plus ambitieux aussi. Parce que parfois, la meilleure façon d’avancer est simplement d’accepter de ralentir et c’est précisément ce qui m’a permis de trouver mon nouveau rythme.