Octobre 2025, à 44 et 45 ans, ma sœur et moi avons décidé qu’il était temps.
Temps de découvrir enfin notre pays d’origine : le Mali.
J’ai eu la chance de voyager aux quatre coins du monde – Zanzibar, Thaïlande, Mexique, Sénégal…
Mais à quoi bon parcourir la planète si l’on ne connaît même pas la terre d’où l’on vient, celle qui coule dans nos veines ?
Le Mali, je le connaissais à peine, bien que j’y sois allée trois fois. La première fois, j’avais 23 ans : c’était pour me recueillir sur la tombe de mon père. La deuxième fois, neuf ans plus tard, pour enterrer ma mère. La troisième, quelques années après, pour dire adieu à mon frère.
Autant dire que, pour moi, le Mali était associé uniquement à la douleur.
Alors j’ai voulu rompre avec cette relation-là. Y retourner pour me créer de nouveaux souvenirs. Des souvenirs plus doux.
Découvrir les beautés de mon pays à travers ses paysages, sa culture, son patrimoine, ses trésors artisanaux.
Renouer aussi avec des membres de ma famille. J’avais de grandes attentes et je n’allais pas être déçue.
Le départ pour le Mali
Nous avons fait nos valises. Confié nos enfants à leurs papas. Mis nos activités professionnelles en pause et pris un billet pour Bamako.
Le cœur léger… mais les émotions lourdes.
L’excitation était là, presque adolescente, comme si nous avions 16 ans. Malgré les mises en garde de nos proches liées au contexte politique, malgré la guerre que traverse notre pays, les zones difficiles d’accès, les villes où il est fortement déconseillé de se rendre.
Nous savions, malgré tout, qu’un voyage exceptionnel nous attendait.
En arrivant à Bamako, la première chose que l’on nous dira est « Bienvenue chez vous ».
Dès notre arrivée à l’aéroport Modibo Keïta, le ton était donné. « Bienvenue chez vous. »
Ces mots, prononcés par le personnel aéroportuaire, m’ont touchée en plein cœur.
À cet instant précis, j’ai su que j’avais fait le bon choix.
Le Mali, mon beau pays
Le Mali, ce n’est pas uniquement cette terre rouge et poussiéreuse que l’on imagine. C’est une nature luxuriante, des chutes majestueuses, des bâtiments culturels sublimes aux teintes ocre, et un fleuve apaisant qui traverse Bamako.
C’est une capitale vibrante, en mouvement permanent. Loin, très loin des clichés d’un continent prétendument paresseux.
Ici, tout le monde s’active. Petits et grands. Parce que le travail est une valeur centrale.
Les dimanches sont consacrés aux mariages et ce n’est pas qu’une chanson.
Les rues se parent de bazins éclatants, les invités défilent magnifiquement vêtus, les fêtes battent leur plein.
On dit que New York ne dort jamais et bien croyez-moi Bamako n’est pas loin derrière. Jusqu’au bout de la nuit, on entend des rires, des discussions animées. À 23h, les marchés sont encore ouverts.
Et puis il y a le diatiguiya : l’hospitalité malienne. Une hospitalité bouleversante. La galanterie, la gentillesse, les invitations à partager les repas, la disponibilité, la bienveillance. Tout est fait pour que tu te sentes chez toi.
Et moi, je m’y suis sentie chez moi. Vraiment.
L’artisanat malien au cœur du voyage
Ce voyage était aussi une quête d’artisanat et quelle claque. Visuelle. Émotionnelle. Humaine.
À Ségou, j’ai découvert l’art du tissage, un savoir-faire exigeant qui demande force, patience et dextérité.
Au centre Ndomo, j’ai appris à comprendre le bogolan : sa fabrication, ses origines, la symbolique de chaque motif. J’ai appris à le lire, à le ressentir. Ce fut l’un des plus beaux moments de notre séjour.
À Siby, j’ai participé à un atelier de fabrication du beurre de karité, au sein d’une coopérative portée par des femmes incroyables, gardiennes d’un savoir ancestral.
Et puis il y a eu la langue. J’ai parlé ma langue maternelle. Pas parfaitement. Mais avec le cœur.
J’ai appris de nouveaux mots, retrouvé des sensations enfouies. Un trésor inestimable.
Le cadeau que le Mali m’a fait
Ce voyage m’a reconnectée à mes racines, à mon histoire. En échangeant avec des membres de ma famille, en observant la vie quotidienne, j’ai mieux compris qui j’étais.
J’ai compris aussi les traits profondément maliens qui me composent : l’humilité, la ténacité, le courage, l’âme de travailleuse…
mais aussi l’entêtement, la franchise parfois brutale, la simplicité qui peut devenir un défaut.
Et pourtant, tout cela me rend fière. Fière d’être la digne descendante de ce peuple.
Évidemment, il y a eu aussi la réalité. La guerre que le Mali traverse actuellement.
J’ai vu les camions citernes en feu. Les soldats sur le qui-vive.
Les contrôles routiers. Les zones devenues inaccessibles.
Le peuple subit. Mais il tient. Il garde la foi. Parce qu’il sait que l’indépendance a un prix.
Et que tout grand changement demande des efforts immenses.
J’ai été profondément admirative de leur résilience.
Nostalgique, mais le cœur rempli
Trois mois après mon retour, mon cœur est encore là-bas. Je suis rentrée avec un amour profond pour mon pays, pour mon peuple, pour ses artisans et aujourd’hui, plus que jamais, je suis fière de mon métier.
À travers ECK Collection, je participe à la promotion de la culture malienne. Je travaille avec des artisans du marché de Bamako, durement touchés par la situation politique, privés de touristes et de vacanciers.
Je leur ai acheté leurs créations au prix juste. Je les revends à travers ma marque.
Ce n’est peut-être qu’une goutte d’eau. Mais c’est ma manière à moi de les soutenir.
De ce voyage est née la collection Ségou. Une collection hommage. Aux teintes rouge ocre, comme la terre du Mali, comme les murs de Ségou. Une déclaration d’amour à mon pays.
Si toi aussi tu veux me raconter ton lien au Mali, à ton pays, à tes racines… Ou simplement me dire ce que cet article t’a fait ressentir, je serai heureuse de te lire.
